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      2014/03/30 Passer de l’ombre à la Lumière

2014/03/30 Passer de l’ombre à la Lumière

30 mars 2014 - Père Luc Pialoux - 4ème dimanche de Carême


L’aveugle de naissance

Quel texte extraordinaire !
A chaque fois que je m’y plonge l’aveugle que je suis, y reçoit de nouvelles lumières ! L’évangile fait ce qu’il dit : il ouvre nos yeux d’aveugle-né !
Alors juste quelques pistes de lecture en espérant qu’elles vous donneront le goût de le méditer tout au long de la semaine et de vous laisser illuminer.
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1. Ce texte nous montre tout d’abord le génie littéraire ; bien plus, le génie spirituel de l’évangéliste Jean.

Lorsqu’il écrit ce passage, Jean se rappelle bien sûr d’un évènement passé, un miracle de Jésus. Mais ce qu’il voit dans cet aveugle, ce n’est plus l’homme d’alors ; ce sont les chrétiens fragilisés de son époque à lui, ces chrétiens éprouvés car en train d’être rejetés de la synagogue. En effet, une cinquantaine d’années après la mort du Christ, les chrétiens d’origine juive vivent la douloureuse épreuve d’être exclus de la synagogue (c’est-à-dire de ce qui est leurs racines profondes), à cause de leur proclamation de foi "Jésus est le Messie". C’est cela que nous retrouvons au cœur de notre passage "En effet, les juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tout homme qui déclarerait que Jésus est le Messie".
Ainsi Saint-Jean transporte l’évènement passé d’une guérison d’un aveugle-né, dans le présent de sa communauté chrétienne. L’aveugle-né guérit de sa cécité, c’est le croyant qui aujourd’hui professe que Jésus est le Messie, et qui à cause de cette profession de foi est en butte à l’adversité et à l’épreuve. Alors, les gestes posés par Jésus autrefois, éclairent, encouragent et nourrissent la communauté pour qui Saint-Jean écrit. La vie de Jésus permet de faire la vérité sur les épreuves qu’elle est en train de traverser.
C’est cela que nous sommes invités à expérimenter lorsque nous lisons l’évangile. Il ne s’agit pas simplement de savoir ce que Jésus a fait dans le passé, mais il s’agit de rencontrer le Christ vivant aujourd’hui qui par son évangile fait la vérité sur ce que nous vivons maintenant. Appliquons nous à lire ainsi l’évangile : cela demande du temps, de la méditation et de la prière. Mais quel bénéfice !
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2. Alors allons y, regardons de plus près le ressort de ce passage.

Nous remarquons que tout le texte est construit autour de l’affirmation de foi "Jésus est le Messie". C’est l’affirmation fondamentale qui permet de situer tous les protagonistes du récit, qui détermine leur attitude. Selon la réponse que l’on donne à cette proclamation de foi, on voit clair ou l’on est aveugle ! Tous ces personnages nous parlent de nous-mêmes.

Il y a d’abord les pharisiens.

Ceux qui, croyant savoir, refusent toute remise en cause, et refusent de laisser cette possibilité advenir dans leur existence : "Jésus est le Messie". Le texte ironise sur eux, et nous montre combien ils sont aveugles, s’évertuant à nier l’évidence et perdant peu à peu tout rapport au réel.

Il y a aussi les parents de l’aveugle.

Eux, ils savent bien au fond d’eux même que leur fils a été guéri, mais ils préfèrent ne pas aller jusqu’au bout et ils se dédouanent pour rester tranquilles ! Alors ils disparaissent du récit !

Enfin, il y a cet aveugle

Il ne sait pas grand-chose, mais il ne refuse pas l’évidence, et il en témoigne simplement. Je voudrais m’arrêter d’avantage sur lui. Car j’espère qu’il nous ressemble :

  • Tout d’abord, notons que l’action de Jésus pour lui, part d’un mal, d’une épreuve : aveugle de naissance. Et Jésus n’explique pas ce mal. Jésus n’est pas venu pour expliquer le mal, et le mal d’ailleurs est-il explicable ? Jésus se contente simplement d’écarter les fausses pistes : non cet homme n’est pas aveugle à cause de son péché. Non, cet homme n’est pas aveugle à cause du péché de ses parents. Ce que Jésus fait, c’est qu’il part de ce mal, c’est qu’il prend ce mal pour y frayer un chemin de vie, pour en faire le lieu de sa révélation, le lieu d’un enseignement. Oui, frères et sœurs, pendant ce temps de carême, c’est cela que le Christ veut faire pour nous. Ne lui refusons pas tous ces lieux obscurs de notre vie, tous ces chemin de croix, car c’est là qu’il vient nous rencontrer. De ce qui pour nous semble perdu, de ce qui pour nous semble un échec perpétuel, Jésus peut faire un chemin de vie, un enseignement fécond. C’est ce que nous croyons à chaque fois que nous levons les yeux vers cet instrument horrible, ce mal abject qu’est la croix du supplice, et qui pourtant est devenu pour nous le plus beau signe de l’amour. .
  • Une fois guéri, l’aveugle devient objet de moquerie. Il fait l’expérience d’un certain rejet. Qui l’a guéri ? Il ne le sait pas vraiment. Qui est Jésus ? Il a du mal à en rendre compte. Mais il tient à affirmer paisiblement ce qu’il a reçu, même maladroitement. C’est alors seulement qu’il accède à une rencontre autrement plus profonde avec le Christ, et qu’il entre dans une connaissance véritable de Jésus : "Jésus ayant appris qu’ils l’avaient expulsé vint le trouver et lui dit…". C’est alors qu’il accède à une belle foi : "Je crois Seigneur et il se prosterna devant Lui". C’est vraiment l’itinéraire que chacun de nous doit vivre à partir de son baptême. Le témoignage paisible de l’humble évidence de notre foi, qui peut-être ne comprend pas encore tout et ne peut pas répondre à tout, est toujours le lieu d’une rencontre plus profonde avec le Christ.

En préparant cette homélie je me rappelais l’histoire de Florent, étudiant à Rennes. Il racontait qu’il était le seul chrétien dans sa promotion à la fac, ou du moins le seul chrétien déclaré. C’est pourquoi il avait choisi, sans prosélytisme, de parler de sa foi librement pendant l’année, car sinon qui l’aurait fait ? Pendant toute l’année un étudiant n’a cessé de se moquer de lui, le blessant assez régulièrement. Et il ne savait pas bien que faire : continuer ou non à courber le dos ? Se taire ? Il a persévéré humblement dans sa décision de rendre témoignage. A la dernière soirée de l’année, cet étudiant est venu et lui a simplement dit : "Florent je te demande pardon pour le mal que je t’ai fait cette année. Sache que ton témoignage m’a vraiment touché". Ses yeux s’étaient ouverts ! Et Florent de témoigner combien cette expérience et cette démarche de l’autre étudiant lui avait permis de grandir dans sa propre foi, et surtout de recevoir en son cœur une plus grande charité et une plus grande compassion, celle du Christ, pour ce garçon et pour tous les autres.

Qu’il en soit ainsi pour nous !

Père Luc Pialoux

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